Royal Garden
VHS PAL, 26 minutes, 1996, 37 €
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Les plans de Laetitia Benat contiennent tous comme une amorce de récit, une action désenchantée. Ils s’articulent selon un mouvement d’amplification, de tension et renvoient à l’écriture d’un film qui procéderait par soustractions (sans psychologie, sans histoire, sans début ni fin). Au cœur de ces fictions rompues, des plans fixes, le souvenir saturé d’une chanson d’adolescence, une maison contenue dans une seule chambre, les restes d’une fête, d’un moment de solitude et cette étrange façon d’habiter l’espace. Des jeunes filles pâles occupent le champs par tous les bouts. Leurs corps font écran, sont autant d’éléments d’obstruction, de fragments qui ne parviennent jamais totalement à retrouver leur intégrité. Les habitantes de ce monde marquent ainsi leur présence infiniment physique, sexuée, leur consistance, leur capacité à résister et à respirer dans ces espaces repliés. Entre l’inquiétude, la concentration, le repos ou la crise, elles inventent chacune pour elles-mêmes un état d’être, une autre façon de bouger, de se toucher ou de se représenter une géographie, un espace intérieur. A côté d’elles l’objet prend la forme d’une pensée, d’un souvenir diffus. Au bord du cadre, le seul tenable quand tous les autres ont été rejetés, l’espace entier peut alors basculer, sans bruits, sans frayeur, entre la photographie et le spectre du cinéma. Chaque plan est une bulle, un temps complet où le geste s’épuise et se risque, dans la répétition ou le tremblement. Au centre de la chambre les murs ou les rideaux ne sont que des zones-frontières derrière lesquelles se dissimule sans doute une autre scène, un geste d’amour, un plan escamoté. |